vendredi, 31 juillet 2015

Une Catalane en Arctique, fin de l'exploration Groenland 2013

zodeternity-630x372.jpg

Mercredi 21 août 2013

Félicity Eternity

Encore une belle journée pour cette navigation dans le Fjord  Eternité qui mène à son glacier, cela sent la fin de l'expédition, il y a moins de passagers sur la terrasse pour l'observation d'aujourd'hui, le vent a forcit ce matin avec une brise marine de 18 à 20 nœuds qui va décoller les bœufs, comme disent les anciens " Attacher bien les cornes aux queues pour éviter tout retournement". La salle du restaurant de "La Boussole" est déserte, pas une âme en vue serait-il trop tôt.

08:30 à ma montre qui est réglée sur le bon fuseau horaire, un petit pas se fait entendre en provenance des cuisines, Julien apparaît avec son petit plateau garni de petits gâteaux et d'une grande tasse de thé "Je vous attendais Madame....", "Votre terrasse est bien vide, un événement serait-il en cours", "Un bien grand mot, Madame, une journée casino est organisée au grand salon pour l'avant-dernière journée de l'expédition", "Votre mari prendra son cappuccino accompagnée de marmelades ?", "Bien Madame, je vous apporte cela dans un instant" une journée casino pourquoi faire en dedans alors que le temps est si beau au dehors, je vais bien profiter de ce moment de solitude qui apporte un rayon de plénitude, ce paysage est vraiment unique, restera t'il longtemps aussi serein et pur, là est l'une des questions où le Monde dit civilisé n'a pas encore apposé de réponse.


 

12:00 Une petite halte devant ce mastodonte de glace qui véhicule l'Inlandsis(calotte polaire) jusqu'à l'océan, un zodiac est mis à l'eau rempli de guides naturalistes pour une prise de contact en direct, aucun débarquement n'est prévu pour cette journée, notre navire doit reprendre la mer pour la dernière escale à Ilulissat.

Le service en terrasse de "La Boussole" s'active, les couverts du déjeuner ont remplacé ceux du petit précédent, les joueurs et joueuses du casinos s'en reviennent pour s'abreuver avant de s'en retourner pour se faire plumer, c'est ainsi la ritournelle de l'emplumé qui se fait dépouiller par plaisir et revient par désir.

Le restaurant se vide aussi vite qu'il s'est rempli, nous allons bronzer tranquillement sur le pont.

"Une boisson fraîche, Madame...."

"Merci mon petit Julien"

16:00 Les rives ont disparu de l'horizon, nous sommes face à la grande île de Disko que nous contournons par bâbord, de grands icebergs format tabulaire nous barrent la route vers Ilulissat, nous devons les observer de loin en évitant de se rapprocher trop près, une gigantesque cathédrale  de glaces qui mesure bien ses 40 m de hauteur pour environ 200 m de coté nous surveille sur bâbord, celle qui est plantée dans le chenal ressemble à un dolmen, ses parois ont été taillées par le vent et l'eau salée, ce mammouth gelé ne laisse pas de glace le commandant qui prend conseil auprès du pilote des glaces pour tracer une route en toute sécurité, le danger provient du dessous dans l'immensité invisible

18:00 La Baie d'Ilulissat se dévoile devant nous telle Cléopâtre devant César, sans les trompes ni les troupes bien évidemment.

Nous allons dîner ce soir en terrasse sous le grand ciel étoilé de l'arctique, pas un nuage ni pollution, un brin frisquet avec 5°C au thermomètre, mais que diable ou diantre entre les fables, ce paradis blanc mérite bien notre attention, un peu de fraîcheur ne fait de mal à personne contrairement à la bêtise qui en étouffe beaucoup.

iluoiso.jpg

Jeudi 22 août 2013

06:00 Le ciel est clair et la brise légère pour notre dernière journée au cercle polaire, petit déjeuner pour les goélands qui se délectent de leurs pêches à quelques brasses de l'étrave du Boréal.

ilouplein.jpg

 

L'océan est rempli d'icebergs de toutes tailles, c'est la première fois que j'en aperçois autant regroupés si près qui est il difficile de s'y frayer un chemin pour tout navire dont la coque est conçue pour une navigation en eaux libres.

mastar.jpg

mastar2.jpg

mastar3.jpg

Plusieurs colosses sont ancrés dans la baie de Disko, plantés au fond de la mer de Baffin, ils en raclent le fond jusqu'au jour où la fonte de glace les aura suffisamment allégé pour qu'ils entament leur voyage sur les côtes Est du Québec et des Amériques, rasant l’île de Saint-Pierre et Miquelon, glissant auprès des états du Maine et du Massachusetts, effrayant quelques passants venus faire tournoyer les cerf-volants à Jacobs Riis Park , dérivant au large du Delaware et finissant non loin de Cuba pour se noyer complètement dans les eaux chaudes des Bahamas.

iludebark.jpg

10:00 Débarquement à pied sec sur un ponton à proximité du chantier de carénage des bateaux, le trajet du zodiac est ardu et parsemé d’embûches.

12:00 Déjeuner à la trappe pour aventuriers des airs qui survoleront le Glacier Sermeq Kujalleq en hélicoptère, voyager léger pour éviter de gerber vos fluides gastriques sur le tableau de bord aux commandes électriques,  votre Sikorsky ne ressemble en aucun point à une gazelle, sa surface planante est plus proche d'un fer à repasser aux ailes de plomb.

13:30 Excursion dans brousse arctique pour rejoindre les abords du Sermeq Kujalleq , petite balade pédestre pour examiner de près ce glacier qui a été inscrit au patrimoine de l'Unesco en l'an 2004, il vêle les plus gros icebergs de l'arctique, sa surface dépasse les 40 000 hectares et sa vitesse de déplacement est de l'ordre de 19 m à 25 m/jour suivant les saisons.

alacharge.jpg

14:30 Cabotage au ras des icebergs à bord de tender et petits bateaux de pêche reconvertis en promène-couillon pour l'occasion, leur coque bien renforcée leur permet de lécher ces pavés gelés en donnant de fortes sensations à leurs équipages du moment.

"Tous à la manœuvre pour virer de bord, fermer les écoutilles, en avant max droit sur le gros là-bas"

17:00 Une grande table en préparation sur le pont terrasse de "La Boussole" pour accueillir la pyramide des coupes et sceller ainsi la dernière page de notre expédition dans une farandole de petites bulles dorées accompagnées de petits gâteaux salés.

coktail.jpg

18:10 Allons préparer nos bagages pour le départ du lendemain, tout doit être prêt et déposé devant la porte des cabines avant 06h00 demain matin, autant le faire maintenant avant la grande soirée du Commandant en queue de pie et escarpins, ensuite gros dodo car la journée de demain sera chaude et épuisante.

kandepart.jpg

Vendredi 23 Août

kangnavet.jpg

06:00 Tout est calme dans la rade de Kangerlussuaq, ni vent dans le bleu du ciel ni ride sur l'océan, les navettes sont à l'eau pour commencer le transbordement des bagages vers le rivage, nous avons le temps de nous faire rissoler une dernière fois sur la terrasse de "La Boussole" en dégustant un petit-déjeuner très copieux, il faut emmagasiner des calories pour tenir jusqu'à l'atterrissage prévu à Roissy-Charles de Gaulle vers 23h00(horaire de Paris), les plateaux repas servis dans les avions de certaines compagnies "low cost" sont souvent indigestes, impossible de se faire livrer une pizza en plein vol au dessus de l'océan atlantique nord.

adeu.jpg

Dernières photographies de groupe pour les souvenirs d'un jour qui disparaîtront pour toujours au fond d'un placard ou d'une malle remplies de vieux papiers buvards.

09:00 La cohorte des membres de l'encadrement de l'expédition et ceux de l'hôtellerie forment une chaîne le long de l'escalier qui mène à la marina.

adeuvik.jpg

Marcel notre guide Viking fait ses adieux à ses vieux camarades "Ce n'est qu'un au revoir"  il remontera sur un autre bord de la compagnie après quelques semaines de vacances passées auprès des siens.

gardavous.jpg

"Garde à vous ! Le Pacha arrive sur le pont"

julchant.jpg

Julien entonne une chansonnette " Nous nous reverrons bientôt à bord d'une autre galère ou sur le pont d'une charrette à poncer les cailloux pour que les rayons du soleil s'y reflètent....."

 Nous passons devant le commandant "Permission de débarquer, commandant!", "Anem a tornar algun dia a la vora de l'altra molèstia de fer un gran canvi en l'horitzó" (Nous reviendrons un jour à bord d'une autre galère pour faire un grand tour au delà de l'horizon).

kangbeuf.jpg

Plusieurs bus attendent les passagers au bout du quai, Capucine nous accompagne pour ce dernier tour de piste et nous faire découvrir les faubourgs ensablés de Kangerlussuaq avec une montée endiablée vers ses sommets pour observer un troupeau de bœufs musqués qui se traduit par un pistage de bœufs masqués par la brume à plus d'un kilomètre de distance, ce qui rend difficile l'exacte description de l'observation.

kangair1.jpg

kangair.jpg

10:30 Tous en salle d'embarquement de l'aéroport international de Kangerlussuaq,  un ancien site militaire américain reconverti pour accueillir les gros porteurs internationaux, il est très primitif en matière de sécurité, une petite navette poussive nous conduit à notre vol de la compagnie Titan Airways qui pourra décoller sans retard à 12h30, une escale prévue sur le tarmac de l'aéroport de Reykjavik  vers 17h40 pour les passagers à correspondances via la Norvège et le Danemark.

18:50 Le Vol de la Titan Airways prend du retard, les bagages des passagers en transit ne sont pas tous débarqués, une erreur d'identification rallonge l'impatience et la colère des autres passagers qui doivent prendre leurs correspondances après l'atterrissage à l'aéroport de Roissy Charles de Gaulle en France.

20:00 En raison de turbulences importantes dues à une grosse tempête, notre pilote prévoit un contournement des nuées dangereuses et un retard à rallonge pour notre horaire d'arrivée, l'inquiétude se lit parfaitement sur les visages de plusieurs passagers qui s'interrogent mutuellement "Où allons-nous dormir, quel hôtel nous accueillera au milieu de la nuit".

00:35 Nous survolons l'Ecosse, les minutes s'égrainent comme les petits poids dans leurs cosses, des lumières partout éclairent le néant, j'ai la sensation d'être au cœur d'une tornade, les vents tournoyants caressent bruyamment la carlingue de notre avion, ne pas s'endormir maintenant il faut tenir encore un peu et garder des forces pour l'arrivée.

01:10 Le Vol de la compagnie Titan Airways se pose enfin sur le tarmac de l'aéroport Roissy Charles de Gaulle qui semble être totalement endormi, les passagers sont pressés de sortir de cet emballage à cigare, que nenni encore des soucis, n'étant pas prévenu de notre arrivée tardive le personnel de cet aéroport est parti, il nous faut encore attendre l'arrivée de la navette pour nous mener à l'aérogare notre destination finale

 

"Les aléas aériens pourrissent la vie à l'infini"

Les commentaires sont fermés.