14/07/2015

Une Catalane en Arctique, Nuuk la capitale du Groenland

Dimanche 18 août 2013

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La mer est calme et l'air si doux, je n'arrive pas à dormir à cause du décalage horaire qui commence à agir sur mon organisme et peut être aussi suite aux propos recueillis auprès d'un membre de l'équipage  qui se trouvait à bord du Boréal lors d'une traversée fantastique du "Drake" au large de la "Terre de Feu",  qui quittait Ushuaia pour commencer l'exploration de l'antarctique, le passage fût très agité tant la mer était enragée, le mobilier remuait et sursautait dans la cabine, quelques passagers ayant mal sécurisé la porte de leur balcon prirent une douche forcée, le piano à queue du Grand Salon s'est retrouvé à faire ses gammes au plafond, le service des restaurants et bars étaient suspendus jusqu'à la fin du passage du détroit, l'activité à bord était réduite à l'essentiel, les passagers étant trop occupés à remplir des bassines de leurs collations précédentes. Il me faut évacuer rapidement ces pensées de mon esprit, aujourd'hui nous arrivons dans la capitale du Groenland, une ville de plus de 5000 habitants, je suis curieuse de découvrir leur habitats.


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Le ciel bleu se reflète dans l'océan, ni bruit ni cri, l'étrave du navire glisse au long de la côte ouest du Groenland  en se frayant une route au travers les bancs de glaces qui se font plus nombreux.

Le programme de la journée a été déposé dans la boite aux lettres de notre cabine, conférence à 09h30 sur la Civilisation Inuit, visite de la ville de Nuuk, balade au Musée Inuit dans l'après-midi, 17h00 rendez-vous avec le consul de France au Groenland et en fin de soirée un concert de musique classique.

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Croissants et tasses de thé au déjeuner pour ma pomme, marmelade sur toasts grillés avec omelette aux lards pour Christian, comment fait-il pour ingurgiter cela de bon matin "Besoin d'énergie pour crapahuter dans la brousse arctique" me réponds t'il , "Tu n'es pas dans la savane avec les insectes et les reptiles" lui suggères ai-je, " que nenni tu te trompes Isabelle, point d'éléphant ici bas, mais des moustiques en chaleur qui feraient rougir un bataillon de bonnes sœurs. Je pioche dans ma poche droite le guide de l'explorateur arctique, c'est pourtant vrai ce qu'il dit, des nuées de moustiques sont observées ou pas suivant les années, les produits préconisés au départ de notre capitale n'ont aucun effet sur ces petites bestioles voraces, seules les pommades et aérosols vendus sur le sol glacé sont efficaces contre leurs goinfres ailés, une moustiquaire enveloppant le visage et des gants épais devraient les arrêter en attendant cette rencontre, remontons sur la terrasse panoramique pour assister à l'entrée dans le port de commerce de Nuuk et à l'accostage du Boréal qui parait t'il pivote sur lui même dans un mouchoir de poche, je veux voir cela "Paré à l'accostage, le commandant à la manœuvre".

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Le port de commerce de Nuuk est très encombré de navires de transports de marchandises et navires d'exploration arctique, une coque familière à tribord "Le Pangaea" du navigateur Mike Horn en ravitaillement pour une nouvelle expédition.

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Un navire de la Pétroléum...  pour l'exploration des fonds marins à la recherche de ressources en vogue, un bâtiment de guerre danois qui assure la tranquillité des eaux glacées de l'Islande au Groenland et des cargos de la compagnie "Royal Artic" qui  ravitaille les villes portuaires depuis des décennies.

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Branle bas de combat, le commandant aux manettes devant le petit poste de pilotage de la passerelle qui agit sur les moteurs d'étrave, la gouverne et la propulsion générale, une impulsion sur la manette des gaz et le Boréal se rue hors de son box comme un taureau déchaîné, il faut agir " delicatamente tranquillamente, petite vitesse petits dégâts, grande vitesse gros dégâts "  mais sans trop d'attente car la file s'allonge à l'ancre.

Avec précision le commandant MARCHESSEAU approche son navire du quai, plusieurs marins s'activent à la proue et la poupe du Boréal pour lancer les bouts.

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Le premier jet est raté, il affleure le quai pour mourir à quelques brasses de notre bateau, le deuxième jet manque de flanquer à l'eau le marin présent sur le quai pour réceptionner le lance-amarre qui sert de guide aux aussières d'amarrage, le troisième essai est enfin le bon pour permette enfin à notre navire de s'accoler au quai et permettre de faire monter l'approvisionnement à bord des denrées périssables, fournitures diverses et carburant pour les générateurs électriques.

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La passerelle de débarquement se met en place, nous pourrons bientôt débarquer pour gambader sur la terre foulée par les ancêtres de mon mari il y a plusieurs siècles, des pêcheurs basques venus de leurs contrées pour chasser et dépecer le cétacé, un surnom leur fut donné par les Islandais en l'an 1412 "saradako balea, ils naviguaient à bord de "naos" vaisseaux à 2 et 3 ponts. Beaucoup de vestiges de leur passé sont éparpillés depuis le Spitzberg à l'Islande, sur les terres du Groenland, de Terre Neuve et jusqu'à l'Île d'Herschel  au Yukon en territoire arctique canadien.

Petit briefing avant de descendre prendre la brise à terre, Didier DROUET le chef d'expédition prodigue ses conseils à tous les aventuriers explorateurs et surtout à ceux dont le dialecte n'est compris que d'eux -même " Ne vous écartez pas du groupe, pour les marcheurs suivre le trajet indiqué sur la carte qui vous sera donnée au débarquement, n'essayez pas un chemin hors de la  carte, nous ne disposons pas de pisteurs chevronnés pour vous retrouver" , " pour ceux qui ont opté pour le transport motorisé, rangez-vous en rang d'oignon devant les bus locaux,  ces transports un peu suranné semblent sortis d'un Musée, les boutons d'appel restent sans réponse, les sièges remplis de ressorts amortissent peu les chocs et les secousses, quand aux pneus ils sont du type militaire au grosses rainures en fonction du terrain de la route un peu défoncée qui traverse cette contrée au sec l'été et recouverte par un épais manteau neigeux l'hiver venu.

 Après quelques instants nos bus démarre en direction du Musée Viking à l'autre bout de la ville, une discussion âpre s'engage entre le pilote de notre transport et les guides de l'expédition, ils ne sont pas d'accord sur la route à prendre, après maintes négociations le bus s'ébranle comme une caisse de boulon mal arrimée, première difficulté pour ce véhicule essoufflé la pente de 15% pour accéder aux faubourgs de Nuuk et sortir de la zone portuaire,  si cela continue  à ce rythme les passagers vont devoir descendre pour pousser ce bus, les routes sont rustiques fabriquées à base de terre et de cailloux, une voix résonne dans le bus "Accrochez-vous cela va secouer grandement, un passage difficile devant nous, la route s'est un peu effondrée pendant la nuit, il nous faut prendre de l'élan pour sauter au dessus du désagrément". Le bus grince de partout, freins bloqués notre pilote fait chauffer les rouages de sa mécanique, les pistons cognent et les caoutchoucs fument, avant de lâcher les chevaux de feu une voix retentit "Tout le monde en position de l'autruche, à la charge !!!"

Le bus s'élance sur une piste défoncée essayant de trouver suffisamment de puissance, une seconde semble une éternité, un choc violent à l'avant fait décoller la carcasse de quelques centimètres et la  transforme en planeur sans aile, sa réception sur le sol est écrasante, heureusement pas de blessés parmi les voyageurs, une envie de recommencer à notre retour !

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La ville est faite de béton et de bois avec une architecture ressemblant à nos cités HLM  d'Europe, des barres verticales alignées en front de mer dégradent et enlaidissent le paysage.

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La nouvelle politique d'aménagement favorise désormais les constructions bois, leurs couleurs sont chatoyantes faisant penser à celles du Danemark et de la Norvège, pays auxquels le Groenland est lié depuis plusieurs siècles sur les point économiques et historiques.

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Notre bus arrive enfin après plus de 30 minutes de soubresauts sur une petite place devant l'office de tourisme de Nuuk "Tout le monde descend, n'oubliez rien à l'intérieur!". Regroupés en files indiennes comme des saucisses sur un barbecue, les guides de chaque escouade commencent à compter leurs ouailles et à répartir les groupes " Ceux pour le vieux Musée, entassez-vous à droite", "Ceux pour la visite du new Museum, se calent à gauche", "Pour les dépôts gastriques solides et liquides, le bistrot est derrière vous" , "Avant de remonter dans les bus, n'oubliez pas de passer à la boutique souvenirs avec votre monnaie européenne plus prisée que les dollars de l'oncle Sam et les couronnes mordorées locales .

J'ai bien fait de ne pas m'encombrer de monnaie Groenlandaise, les couronnes Islandaises ne sont pas utilisables non plus ici bas, allons en direction du vieux Musée dont l'intérieur est très peu éclairé, le soleil et la lumière intense des projecteurs pourraient détériorer gravement les objets ancestraux qui y sont stockés, c'est  dommage car il est difficile de bien distinguer dans la pénombre les détails des tissus, des  vêtements et outils utilisés par la civilisation Inuit.

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Christian tente des séances de pose en pause pour immortaliser notre visite, nous faisons rapidement le tour des petits bâtiments de bois regroupant les kayaks  oumiaks de transports et de ceux hébergeant le quotidien ouvrier et vestimentaire, un résumé un peu sommaire d'une histoire s'étant déroulée durant plusieurs siècles.

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Cap sur le nouveau bâtiment, celui là fortement éclairé qui abrite photographies, ornements, objets religieux, une salle de projection de film sur la culture Inuit et 3 momies de l'an 1475 retrouvées en 1972  par un groupe de chasseurs de logopède dans les faubourgs de Qilakitsoq sur la presqu'île de Nuussuaq .

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Cette visite nous donne soif, une halte au pub s'impose "Two Beer please", la langue pratiquée dans le pays est le groenlandais qui n'est pas pratique pour nous européens, un mélange d'anglais et de langage gestuel est requis pour nous faire déposer deux cervesa à notre table. Une pancarte bien en évidence à l'entrée de l'office de tourisme indique en plusieurs langages étrangers "Nuuk est la patrie du Père Noël, venez ici pour expédier vos cartes de vœux et listes de cadeaux pour les fêtes de la fin de l'année" un moyen de faire tourner les usines de fabrication industrielles chinoises d'où sont issus tous les objets présents dans cette échoppe, un groupe de cette province chinoise au dialecte inconnu s'est présenté au comptoir du Père Noel avec un traducteur accrédité pour faire une réclamation "Pourquoi les ours polaires qui ont la mention made in Groenland sont fabriqués chez nous en Chine" la réponse à leur demande ne les satisfait aucunement,  une cohorte mouvementée se dirige aussitôt vers la sortie. Ayant récupérée un peu plus d'aisance dans mes déplacements j'opte pour l'envoi de cartes postales estampillées "Nuuk antre du Père Noël" flanquées de timbres internationaux à tarif maxi en espérant que chaque destinataire recevra sa missive avant la fin de l'année 2013.

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Un attroupement s'est formé sur la petite place autour des bus , un guide s'approche de nous "Il est temps de vous installer à bord, nous attendrons quelques minutes pour laisser le temps aux retardataires de se souvenir qu'ils ne sont pas résidants de cette ville" 15 minutes se passent et se prolongent, un sentiment de mécontentement s'élève dans le bus "Qu'attendons-nous pour partir, les retardés s'en reviendront à pieds" le guide s'en faisant l'écho ordonna à notre chauffeur  de prendre presto la direction retour à notre navire avec un chemin plus court et moins mouvementé qu'à l'aller.

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Les denrées alimentaires sont toujours sur le quai, le bateau doit décharger ses détritus et vidanger ses cales avant d'embarquer les provisions, cela donnera une période supplémentaire pour tous les acharnés du pavé contraints et passionnés qui vont devoir revenir au quai avant la nuit sans quoi ils devront se démener pour trouver un moyen de transport pour revenir à notre bord.

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Henriette RASMUSSEN journaliste renommée et Consule honoraire de l'Ambassade de France à Nuuk au Groenland, membre créateur de la Commission permanente des affaires indigènes aux Nations unies, elle est entrée en politique pour la défense des droits des femmes et des peuples indigènes, le Consule nous attend dans la salle de conférence pour une discussion sur la vie actuelle et l'avenir de son beau pays, l'indépendance est à un prix exorbitant ces derniers temps, la croissance passera par l'exploitation des ressources du sol et des profondeurs sous-marines dans le respect de la protection de la nature et du peuple qui y vit, un équilibre difficile à tenir tant les nations extérieures sont pressées de venir exploiter  les richesse de ce pays sans se préoccuper de ses doléances, l'avenir dira si les résolutions prises en ce moment ne seront pas le début de l'extinction de nos civilisations.

Le diner se profile à ma montre dont les aiguilles annoncent la demie de 19h00, une grande collation à tablée sur la terrasse éclairée de "La Boussole" notre restaurant préféré ensuite arpèges classiques en fin de soirée au piano bar pour se dénouer les neurones et favoriser l'extinction de mon phare intérieur.

 "Paré à l'appareillage, dédoubler les amarres, du nerf et de la vigueur, le commandant est à la manœuvre !"

 

Articles sur l'expédition 2013

Atterrissage en Islande

Appareillage de Reykjavík

Côtes du Groenland

Narsaq

Hvalso les ruines Vikings

Nuuk la capitale du Groenland

Kitsisarssuit

Glacier Eqi

Clôture de notre expédition Groenland 2013 

Documentaires Vidéo  

Court-métrage "Une Catalane en Arctique Vol1" Voyage Initiatique

Court-métrage "Une Catalane en Arctique Vol2" Territoires du Nanvut

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